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Les alternatives de raffinement
L'analgésie et la douleur
La douleur
La douleur est une expérience sensorielle et psychologique désagréable et déplaisante accompagnée d'effets néfastes réels ou potentiels, sinon décrite en fonction de ces effets. Il faut éviter de soumettre les animaux à une douleur ou à une détresse inutile. Le protocole expérimental doit absolument leur assurer toute la protection possible. Si la douleur ou la détresse représente une nécessité inévitable pour l'étude, son intensité et sa durée doivent être réduites au minimum.
Dans la plupart des cas, des analgésiques peuvent être administrés pour réduire la douleur. Selon l'American College of Veterinary Anesthesiologists (ACVA), « il est préférable d'administrer des analgésiques de manière empirique et préventive lorsque la question à savoir si une procédure déclenchera de la douleur chez un animal se pose ». Le succès d'une méthode de soulagement ou de prévention de la douleur chez les animaux d'expérimentation dépend étroitement de sous leur responsabilité s trois facteurs suivants :
- l'évaluation précise de l'intensité de la douleur éprouvée, ou qui peut être éprouvée, par l'animal;
- la mise en pratique de méthodes efficaces pour réduire la douleur;
- l'intégration de méthodes pour réduire la douleur dans des protocoles de recherche précis.
L'évaluation de la douleur chez les espèces animales terrestres
La réaction à la douleur varie considérablement selon l’espèce animale et l'individu; par conséquent, il est essentiel que les vétérinaires et le personnel affecté au soin des animaux qui évaluent la douleur des animaux possèdent une connaissance approfondie des comportements propres à chaque espèce et à l'individu. Une composante importante de cette connaissance est la capacité de reconnaître les changements par rapport à l'apparence et au comportement normaux de l'animal.
Chez les espèces terrestres, les exemples suivant peuvent être des signes cliniques de douleur (signes observés sans manipulation de l'animal) :
- changements de personnalité ou d'attitude;
- vocalisations anormales, notamment lorsqu'une partie douloureuse du corps est palpée ou lorsque l'animal doit bouger;
- léchage, mordillage, grattage ou encore remuer une partie douloureuse du corps;
- changements de l'apparence du pelage;
- changements de posture ou de démarche;
- changements du niveau d'activité;
- changements de l'appétit, comme une diminution dans la consommation de nourriture et d'eau, menant à une perte de poids et à une déshydratation;
- changements d'expression faciale;
- sudation ou salivation excessive;
- écoulement oculonasal;
- grincement des dents;
- changements dans les évacuations intestinales et urinaires.
L'augmentation de la fréquence cardiaque ou respiratoire ou celle de la température corporelle, de même que l'élévation de la glycémie ainsi que des concentrations de corticostéroïdes et de catécholamines, peuvent être d'autres signes cliniques de douleur (signes observés avec manipulation de l'animal). Le diagnostic de douleur en médecine vétérinaire est rarement posé à partir d'une seule observation ou d'une seule valeur expérimentale. Il est plutôt de nature subjective et dépend d'une combinaison d'éléments, soit un examen clinique effectué par une personne expérimentée qui connaît bien l'espèce et la race, le comportement de l'individu, les maladies et l'intensité de la douleur associée à l'intervention chirurgicale en question, ainsi que la reconnaissance des signes d'inconfort et de douleur.
Indépendamment des signes cliniques manifestés, s'il existe une possibilité que l'animal éprouve de la douleur, l'essai d'un traitement aux analgésiques doit alors être entrepris.
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L'évaluation de la douleur chez les poissons
Les poissons ont la capacité d'éprouver de la douleur. Les manipulations qui provoquent un stress ou un comportement d'évitement ou de fuite peuvent être une cause de détresse chez ces animaux. Les poissons répondent aux stimuli nocifs (soit ceux qui endommagent ou qui peuvent endommager les tissus normaux, comme la pression mécanique, les températures extrêmes et les substances chimiques corrosives) par des modifications comportementales, physiologiques et hormonales.
Cependant, il est difficile de reconnaître et d'évaluer la douleur ou la détresse chez les poissons. De nombreuses espèces sont des proies et sont génétiquement prédisposées à ne pas montrer de signes de blessure ou de douleur. Bien que certaines des structures associées à la perception de la douleur chez les mammifères soient absentes chez les poissons (p. ex., un cortex bien développé et un faisceau néospinothalamique), certains indices permettent de penser que ces animaux répondent de façon semblable aux stimuli nocifs, apprennent à éviter les expériences « désagréables » et réagissent mieux à un traitement antidouleur morphinique.
Chez les poissons, des exemples de signes cliniques de douleur sont :
- changements de couleur, de l'état des yeux, des nageoires ou de la peau, ou un changement dans la sécrétion de mucus;
- changements dans la prise alimentaire;
- changements de comportement alimentaire;
- changements de fréquence respiratoire;
- changements de la position de l'animal dans la colonne d'eau (à l'endroit, à l'envers, penché, etc.);
- changements dans les interactions sociales, comme l'attaque directe, la défense des meilleures places dans le bassin, la formation de bancs et l'isolement social;
- le peu de réactions aux stimuli externes;
- hyperactivité ou hypoactivité;
- mouvements anormaux comme des déplacements brusques ou des frottements du corps;
- saut ou comportement de fuite sans cause apparente;
- réaction d'évitement d'une stimulation mécanique ou d'un rayon lumineux.
Des changements associés aux concentrations de corticostéroïdes et de catécholamines, de même qu'une augmentation du glucose plasmatique et de l'acide lactique qui a été démontrée chez certaines espèces de poissons, sont des indicateurs de stress aigu et peuvent également être d'autres signes de douleur.
Indépendamment des signes cliniques manifestés, s'il existe une possibilité qu'un poisson éprouve de la douleur, l'essai d'un traitement aux analgésiques doit alors être entrepris.
(Cette section s'inspire de la déclaration de principe de l’ACVA sur le traitement de la douleur chez les animaux et des Lignes directrices du CCPA sur : le soin et l'utilisation des poissons en recherche, en enseignement et dans les tests).
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L'analgésie et la réduction de la douleur
Une mise en pratique efficace de l'évaluation de la douleur chez l'animal est difficile et coûteuse en temps. Il est donc tentant de simplement administrer une dose standard d'analgésique à tous les animaux. Chez les humains, l'utilisation d'une dose prédéterminée a été reconnue comme étant un des facteurs qui contribuent à une gestion inadéquate de la douleur. Cette approche doit donc être évitée pour traiter les animaux.
Le traitement de la douleur devrait plutôt être adapté à l'individu. Il doit être fondé, en partie, sur l'espèce, la race, l'âge, la procédure exécutée et la gravité du traumatisme subi par les tissus, les caractéristiques comportementales de l'animal, l'intensité de la douleur, l'état de santé et la disponibilité des médicaments et des techniques. Le choix de la technique et de l'analgésique le plus approprié exige l'expertise d'un vétérinaire professionnel.
Pour réduire la douleur chez l'animal, il est important de :
- administrer l'analgésique approprié qui procure l'intensité requise pour soulager la douleur (les substances dont les propriétés analgésiques sont connues sont les opioïdes, les alpha-2 agonistes, les anesthésiques locaux et les anti-inflammatoires non stéroïdiens, AINS);
- considérer l'utilisation d'une combinaison d'analgésiques de classes différentes (analgésie multimodale) qui peut accroître considérablement les effets de l'analgésie tout en permettant de réduire la dose et de minimiser les effets indésirables;
- considérer l'administration d'analgésiques avant l'apparition des premiers signes de douleur (analgésie préventive) pour permettre de réduire plus efficacement la douleur pendant la période postopératoire;
- administrer la dose appropriée d'analgésique;
- surveiller attentivement l'état de l'animal et modifier au besoin la dose administrée ou la fréquence d'administration;
- poursuivre l'administration de l'analgésique à intervalles de temps appropriés;
- interrompre l'administration de l'analgésique au moment approprié après la chirurgie;
- s'assurer que les méthodes non pharmacologiques pour soulager la douleur chez les animaux sont appropriées (p. ex., de bonnes pratiques de soin et de soutien nutritionnel).
(Cette section s'inspire de la déclaration de principe de l’ACVA sur le traitement de la douleur chez les animaux et du site Web du NC3Rs).
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La réduction de la douleur et les protocoles de recherche
Lors de la planification d'une expérimentation, les chercheurs doivent d'abord consulter le vétérinaire de leur institution concernant l'intégration de méthodes de réduction de la douleur dans le protocole de recherche. Pour mettre en pratique le raffinement de manière efficace dans leurs protocoles de soin des animaux d'expérimentation, les chercheurs doivent :
- adapter les méthodes en place pour l'évaluation de la douleur des espèces utilisées aux exigences de la procédure de recherche qui est exécutée;
- envisager l'affectation de ressources pour établir un système de pointage si aucune méthode pour évaluer la douleur n’est déjà établie;
- déterminer le protocole analgésique à partir de l'expérience clinique obtenue lors d'autres interventions chirurgicales chez ces espèces si l'évaluation quantitative (par pointage) de la douleur n'est pas possible;
- utiliser, si possible, des doses qui ont été établies lors d'études qui ont utilisé un système de pointage pour l'évaluation de la douleur;
- estimer les doses à partir des résultats d'études analgésiométriques en utilisant des stimuli nociceptifs (p. ex., le test de réaction au formol en phase tardive) toniques (dont les effets durent plus longtemps) lorsque des données d'évaluation quantitative de la douleur ne sont pas disponibles;
- utiliser l'analgésie préventive et des stratégies multimodales;
- tenter d'évaluer l'efficacité du schéma posologique (régime) de l'analgésique choisi, même si ce n'est que par une évaluation clinique.
Des problèmes associés au contrôle de la douleur ont été constatés lorsque des mesures ont été prises pour traiter la douleur chez les animaux de compagnie, de la faune, de ferme et de zoo. De plus, ce domaine est actuellement en évolution rapide. Par conséquent, il est important de réexaminer régulièrement les procédures de gestion de la douleur pour s'assurer qu'elles représentent les meilleures pratiques actuelles. Enfin, quelle que soit la méthode de réduction de la douleur employée, elle doit absolument être intégrée dans un programme général de soins périopératoires.
(Cette section s'inspire du site Web du NC3Rs).
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Pour de plus amples renseignements sur l'analgésie et la douleur, les ressources suivantes peuvent s'avérer utiles :
Ressources offertes par le CCPA
- Conseil canadien de protection des animaux (CCPA). Lignes directrices du CCPA sur : le soin et l'utilisation des poissons en recherche, en enseignement et dans les tests, Ottawa (Ontario), CCPA, 2005, 94 p.
- Conseil canadien de protection des animaux (CCPA). Module de formation pour les utilisateurs d'animaux : analgésie, Ottawa (Ontario), CCPA, 2003.
- Conseil canadien de protection des animaux (CCPA). « Chapitre X. Contrôle de la douleur chez les animaux utilisés en recherche, en enseignement et dans les tests », dans Manuel sur le soin et l'utilisation des animaux d'expérimentation, vol. 1, 2e éd., 1993, p. 131-145.
- Une liste des signes de douleur spécifiques aux espèces
- Fenwick N., Tellier C. et Griffin G. Les caractéristiques du non-recours à l'analgésie dans les protocoles scientifiques
faisant appel à l'utilisation d'animaux au Canada, Ottawa (Ontario), CCPA, 2010,
17p.
Articles en ligne
- American College of Veterinary Anesthesiologists (ACVA). « Position paper on treatment of pain in animals », dans JAVMA, vol. 213, n° 4, 1998, p. 628-630. [en anglais seulement]
- BAUMANS, V., BRAIN, P.F., BRUGERE, H., CLAUSING, P., JENESKOG, T. et PERRETTA, G. « Pain and distress in laboratory rodents and lagomorphs. Report of the Federation of European Laboratory Animal Science Associations (FELASA) Working Group on Pain and Distress », dans Laboratory Animals, vol. 28, n° 2, 1994, p. 97-112. [en anglais seulement]
- CARSTENS, E. et MOBERG, G. « Recognizing pain and distress in laboratory animals », dans ILAR Journal, vol. 41, n° 2, 2002, p. 62-71 [en anglais seulement]
- FLECKNELL, P. « Refinement of animal use -- assessment and alleviation of pain and distress », dans Laboratory Animals, vol. 28, n° 3, 1994, p. 222-231. [en anglais seulement]
- FLECKNELL, P. « Assessment and alleviation of post-operative pain », dans Animal Welfare Information Center Newsletter, vol. 8, n° 3-4, 1997-1998. [en anglais seulement]
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Ressources en ligne
- Alternatives to Animal Testing Web Site (Altweb). « Altweb Pain management (Analgesia/Anaesthesia) Database », dans Altweb. [en anglais seulement]
- Ce site Web fournit des renseignements sur l'anesthésie et l'analgésie pour les animaux d'expérimentation les plus fréquemment utilisés; sont compris : les rats, les souris, les primates, les chiens, les chats, les lapins, les porcs, les cobayes, les oiseaux, les moutons, les poissons et les espèces exotiques. Ce site fournit des renseignements sur les médicaments disponibles et les effets secondaires des substances couramment utilisées. Les références proviennent de publications qui ont diffusé des études effectuées sur des animaux de laboratoire ou des études cliniques menées chez l'humain pertinentes à la recherche animale pour la période allant de 1990 à ce jour.
- Animal Welfare Information Center (AWIC). « Reference Source for Analgesia & Analgesics in Animals », dans United States Department of Agriculture, National Agricultural Library, 2000. [en anglais seulement]
- Liste de lectures de référence, classées selon les espèces.
- Animal Welfare Information Center (AWIC). « Reference Source for the Recognition & Alleviation of Pain & Distress in Animals », dans United States Department of Agriculture, National Agricultural Library, 2000. [en anglais seulement]
- Liste de lectures de référence, classées selon les espèces.
- GLEDHILL, J., RICHARDSON, C. et FLECKNELL, P. « An Introduction : Recognizing Post-Operative Pain in Animals. Tutorial Guide », dans Assessing the Health and Welfare of Laboratory Animals (AHWLA). [en anglais seulement]
- International Association for the Study of Pain (IASP). « Pain terminology guide », dans International Association for the Study of Pain, 2007. [version anglaise en libre accès, version française accessible aux membres de l'IASP seulement]
- National Research Council. Recognition and Alleviation of Distress in Laboratory Animals, 2008, 136 p. [en anglais seulement]
- livre en ligne
- National Research Council. Recognition and Alleviation of Pain in Laboratory Animals, 2009, 196 p. [en anglais seulement]
- livre en ligne
- University of Edinburgh Royal Veterinary College. « Guidelines for the Recognition and Assessment of Animal Pain », dans The Royal (Dick) School of Veterinary Studies. [en anglais seulement]
- Ce site Web, qui se sert de vidéoclips pour illustrer l'information véhiculée, fournit des renseignements sur la biologie, l'évaluation et le traitement de la douleur.
Autres publications
- FLECKNELL, P. et WATERMAN-PEARSON, A. Pain management in Animals, Londres, WB Saunders, 2000, 184p. [en anglais seulement]
- KOHN, D.F., MARTIN, T.E., FOLEY, P.L., MORRIS, T.H., SWINDLE, M.M., VOGLER, G.A. et WIXSON, S.K. « Guidelines for the assessment and management of pain in rodents and rabbits », dans Journal of the American Association for Laboratory Animal Science, vol. 46, n° 2, 2007, p. 97-108. [en anglais seulement]
- WEARY, D.M., NIEL, L., FLOWER, F.C. et FRASER, D. « Identifying and preventing pain in animals », dans Applied Animal Behaviour Science, vol. 100, n° 12, 2006, p. 64-76. [en anglais seulement]
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